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Annexe de chiffrage

Trajectoire des finances publiques 2028-2037

Ce document n’est pas un budget. C’est une maquette de trajectoire, construite pour être discutée, corrigée et contredite.

142,5Md€ / an
coût du programme intégral, en année 10
115Md€ / an
après étalement et recalibrage : le scénario retenu
103Md€ / an
de recettes nouvelles identifiées, mesure par mesure
0,8point / an
de progression de la dépense en moins que le PIB

Deux scénarios

Nous publions celui qui ne tient pas.

Appliqué au rythme maximal, le programme intégral ne stabilise pas la dette. Le scénario retenu étale et recalibre neuf mesures, pour 27 milliards d’euros d’écart — sans en supprimer aucune.

Dette publique, en % du PIB

  • Scénario retenu
  • Programme intégral, au rythme maximal
112116120124128Niveau de départ : 118,7 %Pic : 120,2 % en 2030114,3 %128,6 %202720292031203320352037
Voir les données
AnnéeScénario retenuScénario intégral
2027118,7 %118,7 %
2028119,8 %120,1 %
2029120,1 %
2030120,2 %122,1 %
2031119,9 %
2032119,4 %124,0 %
2033118,8 %
2034117,9 %126,0 %
2035116,9 %
2036115,7 %
2037114,3 %128,6 %

Source : annexe de chiffrage, points 5 et 6. Le scénario intégral n’est publié qu’aux années pour lesquelles l’annexe donne une valeur.

Déficit public, en % du PIB

  • Scénario retenu
  • Programme intégral, au rythme maximal
0,01,02,03,04,05,0Seuil de 3 % du PIBSous 3 % dès 20311,6 %4,1 %202720292031203320352037
Voir les données
AnnéeScénario retenuScénario intégral
20274,9 %4,9 %
20284,2 %4,5 %
20293,7 %
20303,4 %4,4 %
20313,1 %
20322,9 %4,4 %
20332,6 %
20342,4 %4,4 %
20352,1 %
20361,9 %
20371,6 %4,1 %

Source : annexe de chiffrage, points 5 et 6. Le scénario intégral n’est publié qu’aux années pour lesquelles l’annexe donne une valeur.

  • 2031 Le déficit passe sous 3 % du PIB, en quatrième année.
  • 2030 La dette culmine à 120,2 % du PIB, puis décroît.
  • 2037 Elle revient à 114,3 %, sous son niveau de départ.

Point 9 de l’annexe

Les six chiffres que nos contradicteurs attaqueront.
Autant les nommer nous-mêmes.

  1. 20 Md€

    Impôt sur la fortune et imposition des très hauts patrimoines

    Les estimations disponibles varient du simple au triple selon les hypothèses d’exil et d’assiette.

  2. 20 Md€

    Niches fiscales supprimées

    Le montant dépend entièrement de la liste des dispositifs effectivement éteints, et chacun a ses défenseurs.

  3. 11 Md€

    Dispositifs non conditionnés supprimés

    L’estimation d’environ 200 Md€ d’aides publiques aux entreprises, issue de travaux parlementaires récents, est contestée dans son périmètre.

  4. 12 Md€

    Coût de la rénovation thermique

    Il dépend d’un coût moyen par logement encore mal connu à cette échelle.

  5. 0,8 pt

    Effort annuel sur la dépense existante

    Non décliné mission par mission dans ce document. C’est le poste le moins documenté.

  6. 5 Md€

    Revenus du capital ramenés au barème

    Rendement très sensible aux réactions comportementales.

Ces six lignes représentent ensemble une incertitude de 25 à 30 milliards d’euros par an, dans un sens comme dans l’autre. En scénario défavorable, le retour sous 3 % glisse de 2031 à 2033 et le pic de dette monte à 123 % au lieu de 120 %. La dette se stabilise quand même. C’est le test qui compte.

Point 10 de l’annexe

Nos engagements de méthode

  • Révisée et republiée chaque année

    L'annexe de chiffrage est reprise tous les ans, avec l'écart entre la prévision et le réalisé, mesure par mesure.

  • Chiffrage indépendant, y compris contre nous

    Chaque mesure engagée est chiffrée par le Haut Conseil des finances publiques, dont nous renforçons les moyens, y compris lorsque le chiffrage nous est défavorable.

  • Aucune annonce sans sa ligne de financement

    Aucune mesure nouvelle ne sera annoncée en cours de mandat sans dire ce qu'elle coûte et qui la paie.

  • En cas de dérapage, on ralentit — on n’emprunte pas

    Si la trajectoire dérape de plus d'un demi-point de PIB, nous reportons des mesures et nous disons publiquement lesquelles.

Avertissement de méthode

Ce document n'est pas un budget. C'est une maquette de trajectoire, construite pour être discutée, corrigée et contredite.

Trois règles que nous nous sommes imposées :

  1. Aucun chiffre magique. Nous ne retenons pas les estimations les plus favorables qui circulent sur la fraude fiscale, sur le rendement d'un impôt sur la fortune ou sur les économies de fusion d'administrations. Quand une fourchette existe, nous prenons le bas de la fourchette.
  2. Aucun effet de croissance héroïque. Nous plafonnons l'effet du programme sur la croissance à un point de PIB cumulé sur dix ans. C'est peu. C'est aussi la seule hypothèse défendable devant un économiste.
  3. La charge de la dette est comptée comme un coût croissant, et non ignorée. La plupart des programmes chiffrés l'oublient, ce qui suffit à fausser tout le reste.

Chaque ligne porte un indice de fiabilité : estimation solide, fondée sur des données publiques et des évaluations existantes. ordre de grandeur, sensible aux paramètres de mise en œuvre. estimation très incertaine, à considérer comme une hypothèse de travail.


1. Hypothèses macroéconomiques

ParamètreValeur retenueCommentaire
PIB nominal de départ (2027)3 050 Md€Cohérent avec une dette de 3 536 Md€ à 117,5 % au premier trimestre 2026
Dette publique de départ3 620 Md€, soit 118,7 %Prolongement du déficit constaté
Déficit de départ150 Md€, soit 4,9 %
Croissance nominale tendancielle2,7 % par an1,2 % en volume, 1,5 % de prix
Effet du programme sur la croissance+0,2 point par an des années 3 à 6, +0,1 des années 7 et 8, plafonné à +1,0 point cumuléHypothèse volontairement basse
Surcoût de la charge d'intérêts+2 à +28 Md€ selon l'annéeRefinancement progressif de la dette ancienne à des taux plus élevés

Le déficit stabilisant. Avec une dette à 119 % du PIB et une croissance nominale de 2,7 %, le ratio de dette cesse de croître autour d'un déficit de 3,2 % du PIB. C'est notre cible de moyen terme, pas 3 % ni l'équilibre.


2. Le coût du programme

Montants annuels en régime de croisière, à l'horizon de la dixième année, en milliards d'euros courants.

Éducation et recherche

MesureCoût annuelFiabilitéBase de calcul
20 élèves par classe en primaire, 15 en éducation prioritaire3,040 000 à 60 000 postes, coût employeur ~57 k€
Fonds d'accompagnement des communes (locaux)0,5Le bâti scolaire relève des communes, l'État doit compenser
Revalorisation des débuts de carrière1,3Ciblage sur les quinze premières années
Pré-recrutement rémunéré (30 000 étudiants)0,412 k€ par an et par étudiant
Un adulte de plus par école1,5~44 000 écoles publiques
Doublement du budget de la recherche publique20,0Budget de départ ~20 Md€, montée linéaire sur dix ans
Contrat de retour des chercheurs0,22 000 retours, package de 300 k€ étalé
Sous-total26,9

Santé et grand âge

MesureCoût annuelFiabilitéBase de calcul
Ratio de 0,8 ETP par résident en EHPAD4,0~100 000 postes supplémentaires
Ratios de personnel à l'hôpital2,550 000 postes, périmètre à préciser par spécialité
Santé mentale : remboursement et postes1,8
Centres de santé publics salariés1,0
Revalorisation des métiers du domicile2,0
Capacités de formation des soignants0,5
Moins : efficience (pertinence des actes, biosimilaires, achats groupés)−3,0Ces économies restent dans le système de santé
Sous-total net8,8

Retraites

MesureCoût annuelFiabilitéBase de calcul
Abrogation de la réforme de 202316,0Économie attendue de la réforme, en régime
Minimum de pension au SMIC net4,0
Rétablissement des quatre critères de pénibilité1,0
Abondement public des comptes (naissance, majorité)2,0~700 000 naissances, montant modulé selon les revenus
Sous-total23,0

Hors budget de l'État : le fonds public de retraite. Trois points de cotisation nouvelle sur une assiette d'environ 1 000 Md€ représentent 30 Md€ par an à maturité. Ce montant n'est pas une dépense publique : il alimente les comptes individuels. Il constitue en revanche un prélèvement supplémentaire sur le travail, monté par paliers de 0,25 point par an à partir de la troisième année, et compensé par la restructuration des allègements généraux décrite au chapitre 5 du programme. Aucun point de cotisation existante n'est détourné, ce qui évite intégralement le coût de transition qui a fait échouer les bascules étrangères.

Le fonds atteint de l'ordre de 350 à 400 Md€ d'actifs après vingt ans, en retenant un rendement réel prudent de 3 %.

Logement et rénovation

MesureCoût annuelFiabilitéBase de calcul
200 000 logements sociaux par an4,0Subvention publique moyenne, hors prêts
Rétablissement des ressources des bailleurs sociaux1,3Suppression de la réduction de loyer de solidarité
Rénovation thermique, engagement public annuel12,0700 000 rénovations à ~45 k€, part publique moyenne de 40 %, dont une fraction remboursée par le tiers-financement
Garantie universelle des loyers0,7Coût net après récupération auprès des locataires
Sous-total18,0dont ~17 Md€ classés en investissement

La rénovation thermique est la ligne la plus lourde et la plus incertaine du programme. Elle dépend du coût moyen constaté, du taux de recours et du rythme de formation des artisans. Elle doit être suivie et corrigée chaque année.

Jeunesse

MesureCoût annuelFiabilitéBase de calcul
Revenu d'autonomie 18-25 ans12,0~2 M de bénéficiaires, ~6 000 € par an, version sous conditions de ressources propres
150 000 places de logement étudiant4,5Investissement, ~150 k€ par place sur cinq ans
Repas à un euro0,3
Psychologues scolaires et universitaires0,7
Sous-total17,5dont 4,5 Md€ en investissement

Une version universelle du revenu d'autonomie, sans conditions de ressources, coûterait de l'ordre de 35 Md€. Elle n'est pas finançable dans cette trajectoire, et nous le disons plutôt que de l'inscrire sans la financer.

Justice, sécurité, défense

MesureCoût annuelFiabilité
Doublement du budget de la justice10,0
Police de proximité, formation, contrôle indépendant2,0
Violences faites aux femmes1,5
Base industrielle de défense2,0
Sous-total15,5

Travail, fonction publique, territoires

MesureCoût annuelFiabilité
Dégel et revalorisation du point d'indice10,0
Compensation aux TPE de la hausse du SMIC2,0
Services publics de proximité, norme des 30 minutes1,0
Sous-total13,0

Écologie, agriculture, transports

MesureCoût annuelFiabilité
Sécurité sociale de l'alimentation, déploiement partiel5,0
Installation de 100 000 paysans0,5
Fret ferroviaire et lignes de desserte fine3,0
Gratuité des transports régionaux pour les moins de 26 ans1,0
Sous-total9,5dont 3 Md€ en investissement

La sécurité sociale de l'alimentation dans sa version universelle représenterait plus de 100 Md€ par an. Le programme ne finance qu'un déploiement partiel, couvrant environ 2,5 millions de personnes en fin de trajectoire. La généralisation est hors du présent horizon.

Solidarités, culture, international

MesureCoût annuelFiabilité
Allocation adulte handicapé au niveau du seuil de pauvreté2,8
Culture et audiovisuel public1,5
Outre-mer, plan vie chère1,0
Aide publique au développement à 0,7 % du RNB6,0
Sous-total11,3

Total

Md€ par an, année 10
Dépenses nouvelles de fonctionnement115,5
Dépenses nouvelles d'investissement27,0
Total142,5, soit environ 3,5 % du PIB

3. Les recettes

MesureRendement annuelFiabilitéCommentaire
Extinction automatique des niches fiscales (un quart des dispositifs)20,0Sur une masse de 80 à 100 Md€. Le rendement dépend entièrement des dispositifs effectivement supprimés
Barème de l'impôt sur le revenu à douze tranches7,0
Retour des revenus du capital au barème progressif5,0Fortement dépendant des réactions comportementales
Impôt sur la fortune avec composante climatique12,0Assiette élargie au patrimoine financier
Imposition minimale des très hauts patrimoines8,0Les estimations publiées vont de 5 à plus de 20 Md€. Nous retenons le bas
Successions et assurance-vie6,0Après allègement des petites et moyennes transmissions
Rachats d'actions et modulation de l'impôt sur les sociétés3,0
Élargissement de l'assiette des cotisations (intéressement, participation, primes)8,0Affecté aux retraites
Hausse progressive de la cotisation employeur retraite6,0
Fraude aux cotisations et travail dissimulé, recouvrement effectif4,0Recouvré, et non estimé. La différence est considérable
Imposition minimale mondiale des multinationales2,0
Niches fiscales sur les carburants, net des compensations3,05 Md€ bruts, 2 Md€ de compensation ciblée
Recentrage du crédit d'impôt recherche2,0Net des sommes réaffectées à la recherche publique
Agences, prestations, achat public, immobilier de l'État6,0Voir le point 4
Fin des cadeaux non conditionnés aux grandes entreprises11,0Suppression ou conditionnalité des dispositifs sans contrepartie d'emploi ou d'investissement
Total103,0

Ce que nous n'inscrivons pas, malgré la tentation : les 60 à 100 milliards d'évasion fiscale souvent cités. Ce sont des estimations de manque à gagner théorique, non des recettes recouvrables. Nous inscrivons 4 milliards de recouvrement effectif supplémentaire, et rien d'autre.


4. L'effort sur la dépense existante

C'est le point où presque tous les programmes chiffrés trichent, et il faut le regarder en face.

La trajectoire suppose que la dépense publique existante progresse 0,8 point moins vite que le PIB nominal chaque année, soit environ 1,9 % contre 2,7 %. Cumulé sur dix ans, cela représente près de 2,5 points de PIB.

Ce n'est ni un gel, ni une coupe. C'est une progression contenue. Mais cela ne se produit pas tout seul, et cela suppose, année après année :

  • la réorganisation des agences et opérateurs, la réinternalisation des prestations, la mutualisation de l'achat public et la rationalisation de l'immobilier de l'État, déjà comptées en recettes pour 6 Md€ ;
  • l'extinction des dispositifs arrivés à échéance et non reconduits ;
  • la maîtrise de la progression des dépenses de guichet dont l'évolution est tendancielle ;
  • l'effet retour des politiques d'emploi, qui réduit mécaniquement les dépenses de chômage et de minima sociaux.

Nous le disons franchement : c'est le poste le moins documenté de cette annexe. Il devra être décliné mission par mission dans le premier projet de loi de finances, et soumis au chiffrage indépendant que nous instaurons par ailleurs. Un programme qui affiche cet effort sans le détailler ne mérite pas d'être cru, y compris le nôtre tant que ce travail n'est pas fait.


5. Scénario intégral : il ne stabilise pas la dette

Si nous appliquions l'ensemble du programme au rythme le plus rapide, avec les recettes du point 3 et un effort de 0,5 point par an sur la dépense existante, voici le résultat :

AnnéeDéficit (Md€)% du PIBDette (% du PIB)
20281424,5120,1
20301464,4122,1
20321554,4124,0
20341624,4126,0
20371664,1128,6

Le déficit ne descend pas sous 4 % et la dette continue de croître, jusqu'à près de 129 % du PIB.

Nous publions ce scénario parce qu'il est vrai. Le programme intégral, appliqué au rythme maximal, ne tient pas. La conclusion n'est pas d'y renoncer, mais de l'échelonner et de le recalibrer. C'est ce que fait le scénario retenu.


6. Scénario retenu

Trois corrections par rapport au scénario intégral :

  1. Dépenses nouvelles ramenées à 115 Md€ en régime de croisière au lieu de 142,5, par étalement et recalibrage (détail au point 7).
  2. Recettes portées à 103 Md€ au lieu de 91, par un objectif plus ambitieux sur les niches fiscales et sur les dispositifs non conditionnés.
  3. Effort de 0,8 point par an sur la dépense existante au lieu de 0,5.
AnnéeDéficit (Md€)% du PIBDette (% du PIB)
20281324,2119,8
20291203,7120,1
20301133,4120,2 (pic)
20311073,1119,9
20321012,9119,4
2033942,6118,8
2034882,4117,9
2035812,1116,9
2036731,9115,7
2037661,6114,3

Les trois repères à retenir :

  • Le déficit passe sous 3 % du PIB en 2031, en quatrième année.
  • La dette culmine à 120,2 % du PIB en 2030, puis décroît.
  • En 2037, elle est revenue à 114,3 %, soit en dessous de son niveau de départ.

La dette augmente pendant trois ans. Nous ne le cachons pas : on ne reconstruit pas une industrie, une école et un système de santé sans investir avant d'encaisser.


7. Les arbitrages qui font la différence

Voici précisément les 27 milliards d'écart entre le scénario intégral et le scénario retenu. Ce sont des choix, ils sont discutables, et ils sont sur la table.

ArbitrageÉconomieCe que ça change concrètement
Doublement de la recherche sur douze ans au lieu de dix4,0La trajectoire est maintenue, la pente est un peu moins raide
Revenu d'autonomie recentré (montant et conditions de ressources)5,0Environ 1,4 M de bénéficiaires au lieu de 2 M
Rénovation thermique à 500 000 logements par an au lieu de 700 0004,0Rythme aligné sur la capacité réelle de formation des artisans, ce qui est de toute façon la contrainte physique
Classes à 20 élèves : éducation prioritaire et CP-CE1 d'abord, généralisation en sixième année2,0La priorité aux plus jeunes et aux plus fragiles est conservée
Aide publique au développement : 0,7 % atteint en douze ans3,0L'engagement est tenu, plus tard
Ratio en EHPAD atteint en huitième année plutôt qu'en cinquième2,0Contrainte de recrutement, de toute façon présente
Sécurité sociale de l'alimentation plafonnée au déploiement territorial3,0La généralisation sort de l'horizon des dix ans
Minimum de pension au SMIC net atteint en six ans2,0
Ratios hospitaliers déployés par vagues selon les spécialités en tension2,0
Total27,0

Aucune mesure du programme n'est supprimée. Toutes sont ralenties ou recalibrées. C'est la seule manière honnête de tenir à la fois l'ambition et les comptes.


8. Ce que cette annexe ne chiffre pas

  • Les nationalisations et rachats d'actifs. Ce sont des acquisitions financées par emprunt et adossées à des actifs produisant un revenu. Elles n'apparaissent pas au déficit au sens de Maastricht lorsque le prix payé correspond à la valeur de l'actif. Le non-renouvellement des concessions autoroutières, notre principale mesure de ce type, ne coûte rien : il suffit d'attendre l'échéance.
  • Le fonds public de retraite. Il n'est pas une dépense budgétaire mais un prélèvement affecté à des comptes individuels.
  • Les effets de second tour au-delà du point de croissance déjà retenu : réduction des importations, recettes fiscales induites par l'emploi, économies de prestations. Ils sont réels, ils jouent dans notre sens, et nous ne les inscrivons pas.
  • Le coût d'un choc externe : récession, crise énergétique, remontée brutale des taux. Aucune trajectoire à dix ans n'y résiste sans être révisée.

9. Les six chiffres que nos contradicteurs attaqueront

Autant les nommer nous-mêmes.

  1. Le rendement de l'impôt sur la fortune et de l'imposition minimale des hauts patrimoines (20 Md€ au total). Les estimations disponibles varient du simple au triple selon les hypothèses d'exil et d'assiette.
  2. Les 20 Md€ de niches fiscales supprimées. Le montant dépend entièrement de la liste des dispositifs effectivement éteints, et chacun a ses défenseurs.
  3. Les 11 Md€ de dispositifs non conditionnés supprimés. L'estimation d'environ 200 Md€ d'aides publiques aux entreprises, issue de travaux parlementaires récents, est contestée dans son périmètre.
  4. Le coût de la rénovation thermique, qui dépend d'un coût moyen par logement encore mal connu à cette échelle.
  5. L'effort de 0,8 point par an sur la dépense existante, non décliné mission par mission dans ce document.
  6. Le rendement des revenus du capital ramenés au barème, très sensible aux comportements.

Ces six lignes représentent ensemble une incertitude de l'ordre de 25 à 30 milliards d'euros par an, dans un sens comme dans l'autre. En scénario défavorable, le retour sous 3 % glisse de 2031 à 2033 et le pic de dette monte à 123 % au lieu de 120 %. La dette se stabilise quand même. C'est le test qui compte.


10. Nos engagements de méthode

  • Cette annexe est révisée et republiée chaque année, avec l'écart entre la prévision et le réalisé, mesure par mesure.
  • Chaque mesure engagée fait l'objet d'un chiffrage indépendant par le Haut Conseil des finances publiques, dont nous renforçons les moyens, y compris lorsque le chiffrage nous est défavorable.
  • Aucune mesure nouvelle ne sera annoncée en cours de mandat sans sa ligne de financement.
  • Si la trajectoire dérape de plus d'un demi-point de PIB, nous ralentissons le calendrier plutôt que d'emprunter davantage, et nous disons publiquement quelles mesures sont reportées.

Un programme qui refuse de se chiffrer demande une confiance qu'il n'a pas méritée. Celui-ci se chiffre, publie ses hypothèses, nomme ses points faibles et accepte d'être corrigé.